samedi 10 février 2007

...chronique d'un désastre annoncé.

On dirait presqu’une telenovela mais cette histoire (digne de Pierre Bellemare ;-) ) est vraie et se passe au Mexique au début du 21ème siècle…Je ne vais vous donner que les faits, pas mes impressions ou sentiments (contrairement à la première version que j'avais rédigée). Si ça vous intéresse, on pourra toujours en discuter dans les commentaires...

C’est l’histoire de X., mon ancienne femme de ménage. X. a environ 35 ans. Son mari est parti travailler (probablement illégalement) aux Etats-Unis. Il y ramassait des tomates l’été et travaillait dans une scierie l’hiver. Il est parti il y a maintenant plus de 7 ans. Au début il donnait de ses nouvelles fréquemment, envoyait de l’argent à sa femme chaque mois. Il est même revenu une fois après un an et demi, lui a fait un troisième enfant puis il est reparti. Au bout de quelques mois silence radio : les mandats se font de plus en plus rares et de plus en plus maigres pour cesser totalement. X. déprime, essaie de localiser son mari, remue ciel et terre et finit par le trouver…ainsi que sa nouvelle "femme"…
Crise familiale : le mari ne veut pas rentrer, le beau-père essaie d’arrondir les angles depuis son rancho du fin fond de l’Etat, le beau-frère célibataire (frère cadet du mari) qui est également parti travailler aux Etats-Unis prend la relève et commence à envoyer un peu d’argent. Le beau-père se met également à l'aider financièrement un peu.
X. ne veut plus entendre parler de son mari puis change d’avis, souhaite absolument son retour, va même jusqu'à consulter une sorcière pour le faire revenir. En même temps elle me parle de plus en plus de la gentillesse de son beau-frère, de sa générosité.

Fin du premier épisode : à ce moment là je quitte le Mexique (non sans avoir trouvé à X. un travail de remplacement...)

1 an après je reviens. J’ai, par diverses sources, des nouvelles de X. Le mari est finalement revenu fin 2005, ils se sont disputés, il est reparti aux Etats-Unis ou dans le rancho de son père, là les versions divergent, et ne donne plus signe de vie.

Septembre 2006 : j’apprends que X. a avorté (de manière clandestine vu que l’avortement est illégal au Mexique), je ne sais pas très bien quand. Le père c'est le beau-frère…celui qui était si généreux. Généreux, certes, mais pas au point de payer pour l’avortement : il a pris la fuite. X. s’est débrouillée pour "emprunter " l’argent nécessaire à l'avortement à quelques unes de ses employeuses, des expat’japonaises. Sans leur donner, bien sûr, la vraie raison de cet emprunt.

Janvier 2007 : j’apprends que X. est de nouveau enceinte (toujours du beau-frère) et que cette fois elle n'a pas pu avorter…Elle cache sa grossesse même à sa mère (avec qui elle vit, son père ayant lui aussi refait sa vie de l’autre coté du Rio Grande). Le beau-frère, lui, a prudemment mis les bouts: il paraitrait qu' il "se cache" aux Etats-Unis…

X. a la chance de travailler pour une Japonaise compatissante qui l’a emmenée chez le médecin (le bébé est en pleine forme) et qui s’est plus ou moins engagée à lui payer tous ses frais d’accouchement. Je précise toutefois que X bénéficie de la sécurité sociale locale (bien qu'elle ne cotise pas...) parce qu'elle s'est enrolée, ainsi que toute sa famille, dans un programme étatal pour familles à bas revenus qui garantit le paiement des frais de consultations, d'hospitalisations et des médicaments en échange de l'assistance une fois par mois à des réunions d'information sur des sujets relatifs à la santé (à mon avis, elle a du sécher le cours sur la contraception, mais je m'égare....) et de son engagement à faire suivre régulièrement sa famille par un médecin.

La Japonaise (qui doit retourner définitivement dans son pays en juillet) donne à X des cours de cuisine japonaise pour que celle-ci puisse ensuite trouver un emploi chez un Japonais célibataire comme employée de maison/cuisinière.

Le beau-père, le ranchero, qui de l’aveu même de X. est violent, colérique et ne l’a jamais aimée, n’est, pour l’instant, pas au courant. Le mari non plus.

X est maintenant enceinte de près de 5 mois. Elle continue de pleurer en répétant qu'elle ne veut pas de ce bébé mais n'a pris aucune décision quant à l'adoption.

La suite? Il est peu probable que ça se termine sur un "happy ending" mais je vous tiendrai au courant...

9 commentaires:

  1. Mais quelle histoire !!! Prochaine étapé, X. vend les droits de son histoire à Hollywoord, devient riche, engage un détective privé pour retrouvé ses hommes et leur fait la peau !

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  2. Je trouve l'idée d'Estelle excellente.

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  3. Estelle et Sabine: je ne pense pas que ça se termine comme ça, malheureusement.

    Et Estelle, ce genre d'histoire, tout au moins le début (le mari qui part aux Etats-Unis et qui y refait sa vie, laissant sa femme ni veuve, ni divorcée mais seulement abandonnée...et donc dans l'impossibilité légale et morale -le poids du catholicisme est très important ici- de refaire la sienne) est très courante.

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  4. Presque la même histoire chez moi (enfin, en un peu moins scabreux quand même) : ma bonne est tombé enceinte, son ami s'est fait la malle, et elle a dû cacher sa grossesse à toute sa famille, de peur de se faire "tuer" (ce sont ses mots). Elle était complètement paniquée quand elle m'a annoncé ça, et elle pensait que j'allais la licencier (elle vit chez nous). Finalement, tout se termine bien : elle a finalement annoncé l'existence de son fils à sa famille (quand il avait 6 mois), elle est toujours en vie et vit toujours chez nous (avec son fils, donc).

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  5. Une vraie saga oui! Mais je suis d'avis que ce programme étatal comme tu dis... comporte quelques lacunes... comme la contraception, les responsabilités des hommes dans tout ça et une certaine conception de féminisme. M'enfin, on peut bien dire c'est elles qui vivent ce genre de situation à laquelle on ne songe pas trop quand on parle des mexicains illégaux aux US...

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  6. @ laurange: Le problème c'est que ta muchacha elle doit être jeune, donc "relativement" excusable d'être tombée enceinte: X après 3 enfants, aurait quand même du être un minimum au courant des choses de la vie et utiliser un moyen contraceptif. Et puis faire deux fois la "même erreur", je trouve que c'est une fois de trop!

    @ barballa: C'est vrai qu'en général on pense peu à celles (et ceux, parce que souvent il ya des enfants) que les immigrants illégaux laissent derrière.
    Je ne sais pas si c'est le programme étatal qui comporte des lacunes ou bien plutôt tout le système éducatif mexicain...Quant au poids et au rôle de l'église catholique, je préfère ne pas m'y attarder, je vais encore m'énerver et dès le matin c'est pas bon de s'énerver ;-) Juste un mot: une des belles-soeurs de X. qui est dans la même situation de départ, c'est-à dire abandonnée par son mari à eu, elle, la bonne idée, de se faire ligaturer...Elle a eu en revanche, la moins bonne idée de le confesser au prêtre de sa paroisse qui lui a interdit d'entrer dans son église (je ne sais pas si c'est une excommunication en bonne et due forme). Ben oui c'est pêcher! Pfff....

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  7. J'avais pas trop pensé aux implications dûes au catholicisme à tout va!

    Pourtant; ma mère en est morte... parce que dans les années 40/50 au Québec, un mariage digne de ce nom devait donner un bébé par année, minimum!

    Evidemment, faire exceptions avec les cas de femmes abandonnées ne viendrait pas à l'idée des autorités cléricales! Tssssssss!

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  8. Oh des histoires abracadabrantesques comme ca en amerique du nord c'est standard non ? :o) La suite ?

    " X accouche et revient travailler chez E. Mais les soirs elle cuisine aussi pour le Japonais célibataire. Elle cuisine tellement bien qu'elle se retrouve enceinte de celui ci. X dans tous ses etats se raconte a E. qui s'engage à lui payer en integralite les frais d’accouchement . Entre temps, le mari, le beauf et leurs pere pistent le Japonais célibataire en mission aux Etats-Unis. Vont-ils retrouver X a temps ? "

    Non je rigole mais cette histoire est tragique. Des histoires comme ca arrivent car il y a la a la base je pense une lacune dans l'education (souvent substituee par la Religion) ! Esperons tout de meme que ça se termine en happy end !

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  9. Malheureusement ici les histoires de bonnes engrossées par leur patron japonais (ou pas...) célibataire (ou pas...) ne manquent pas...

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