vendredi 10 juin 2005

..."Gringos".

Les Mexicains n'aiment, en général, pas tellement les Américains. Ils sont à la fois envieux et méprisants envers eux. Envieux car évidemment les Etats-Unis, juste de l'autre coté de la frontière, sont beaucoup plus riches que le Mexique. Méprisants car aux yeux des Mexicains, très fiers de leur héritage historique, les Américains sont nés d'hier.
Les Français ont beaucoup plus la cote ici que les "Gringos". Comme ma voiture est immatriculée au Texas, dès que j'ouvre la bouche les gens sont étonnés et volontiers bavards: "Ah Paris!... Ah la France!... Ah quel accent charmant!....Ah j'aimerais tant savoir parler français!..."
Et lorsque nous marchandons quelque chose, nous précisons toujours que nous ne voulons pas le prix "gringo"!

Bien sûr, les Mexicains se rendent compte qu'une partie non négligeable de leur économie dépend des Etats-Unis: les "remesas" (envois d'argent ($) par les travailleurs émigrés à leur famille) représentent près de 13 milliards de $ par an. C'est l'une des premières source de devises du pays, après le pétrole mais bien devant le tourisme!
Les pauvres rêvent de partir chez l'Oncle Sam, les riches y envoient leurs enfants étudier et la classe moyenne s'y rend de temps en temps pour faire du shopping!

Mais dès que se présente l'occasion de tourner les "Gringos"en ridicule, les Mexicains ne la laissent pas passer!
J'ai deux petites anecdotes très révélatrices à mon avis.
La première m'a été racontée lors d'un petit-déjeuner avec des mamans de l'école. Je ne suis pas sûre de sa véracité, mais elle a énormément plue aux Mexicaines... La seconde, est à mes yeux, beaucoup plus savoureuse...

* Une famille de Mexicains (classe moyenne supérieure on va dire) reçoit la correspondante américaine de leur fille, une adolescente. C'est en fait une parente éloignée par alliance, mais sans "racines" mexicaines. Tout se passe bien, la "Gringa" améliore son espagnol, les parents révisent leur anglais...Jusqu'au jour où ils décident de l'emmener manger un "pozole". C'est une sorte de soupe-ragoût dont l'ingrédient principal est du maïs blanc géant qui gonfle à la cuisson.

posole
(C'est dommage, on ne voit pas tellement bien le maïs sur ma photo...)


L'Américaine ne mange pas sa soupe, fait la gueule et a vraiment l'air dégoutée. Les parents sont un peu inquiets, lui demandent si c'est trop épicé, ce qui ne va pas. Et là, mélant anglais et espagnol, elle explique qu'on aurait quand même pu lui demander son avis avant de l'emmener manger une "soupe d'yeux"!!!....A ce moment de l'histoiire il y a eu une explosion de rires à notre table et toutes les Mexicaines y sont allées de leurs petits commentaires sur la "non-cuisine" américaine, les plats surgelés, etc.

* Ma fille est dans une école bilingue qui a la particularité de n'employer pour les classes d'anglais que des profs dont c'est la langue maternelle. La plupart sont donc Américains. Or le Département d'Immigration d'Aguascalientes n'accorde à l'école que 3 permis de travail alors qu'il faut au moins 7 professeurs étrangers. Mais pendant des années, par un arrangement à la mexicaine dont je préfère ne pas savoir les détails, la directrice a toujours réussi à embaucher 7 professeurs...sans problèmes ni pour eux ni pour l'école! Seulement l'administration Bush ayant renforcé les contrôles contre l'immigration mexicaine illégale, les Mexicains ont donc décidé d'appliquer la loi à la lettre aussi!. Donc pas "d'arrangements" cette année là... La directrice, qui sait très bien, que son école dépend de ces profs étrangers réussit quand même à remplir son quota mais cette fois-ci sans permis de travail. Et un jour le portier de l'école est arrivé dans les classe en criant "l'Immigration arrive!". Les profs américains ont juste eu le temps de ramasser leurs affaires, de passer par dessus la barrière et de s'enfuir à travers champs.... sous les rires de tous les élèves.
Quand C. m'a raconté cette anecdote, je ne l'ai pas crue! Puis je me suis renseignée et on me l'a répétée et répétée....Je crois que de voir des Américains s'enfuir dans la campagne pour éviter un raid du Département d'Immigration mexicain a été la réalisation d'un des rêves les plus fous des Mexicains présents ce jour-là!! Je ne sais pas quels ont été les "arrangements" ultérieurs avec l'Immigration, car les profs sont revenus et restés! Ca devait juste être pour leur faire peur...

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Effectivement, assez revelateur... :o))
Pinche gwingo ! ;-)

Cris

estelle a dit…

Incroyable !! Finalement, c'est pareil des 2 cotes de la frontiere !

danielle a dit…

Quel plaisir d'inverser les rapports de force, ne serait-ce qu'un temps!

E. a dit…

Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais le pressentiment que ces anecdotes allaient vous plaire! ;-)

Anonyme a dit…

Génial: j'adore la 2e anecdote.

Les Canadiens ont un rapport pratiquement identique versus les Américains sauf que nous: on ne les envie pas du tout. Y a rien à envier. ;)

Béo

edouard a dit…

C'est une bien juste récompense, je trouve. Merci pour l'histoire aussi drôle que révélatrice.

E. a dit…

Bienvenue ici!