lundi 11 avril 2005

..."Nous au village aussi on a..."

...une boîte gay! Elle s'appele "El ryu" et est située (ça ne s'invente pas!) à Jesús Maria, une localité à proximité d'Aguascalientes. Et j'y suis allée vendredi soir avec ma copine française Ch.. Deux de ses amis homosexuels devaient, peut-être, nous rejoindre mais ils ne sont finalement pas venus.

Au début nous n'étions pas spécialement à l'aise: d'abord nous avions bien 10 ans de plus que les autres! Et ensuite l'idée d'y rencontrer une connaissance, qui nous prendrait forcément pour ce que nous ne sommes pas, nous perturbait un peu. Jusqu'à ce que nous réalisions que la connaissance éventuelle serait probablement beaucoup plus gênée que nous d'être vue dans ce lieu de débauche... Nous n'avons vu personne que nous connaissions, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y avait personne qui nous connaissait!

Il y avait peu de monde, plus d'hommes que de femmes. Sur chaque table était posé un dépliant du CONAPRED qui est le Conseil national anti-discrimination .

discriminacion

Aux toilettes il y avait une grande affiche toujours sur le même thème. Je n'avais pas emporté mon appareil photo mais j'ai pris des notes car j'ai trouvé cette affiche intéressante. Le texte en était:
tu hijo, jefe, madre,. hermana, vecino... podria ser homosexual, lesbiana, bisexual, travesti...Di no a la discriminación por preferencias sexuales! (ton fils, ton chef, ta mère, ta soeur, ton voisin...est peut-être homosexuel, lesbienne, bisexuel(le), travesti... Dis non à la discrimination pour préférences sexuelles!).
Cette affiche était co-signée par Homopolis, la guia LGBT.

Il faut bien reconnaitre que être homosexuel au Mexique, ça ne doit pas être facile à vivre. A Cancùn, Acapulco, Puerto Vallarta ou encore à Mexico ça doit aller . Ce sont des villes jeunes, qui bougent, où il y a beaucoup de touristes. (Il ya même une
Gay Pride à Mexico). Mais à Aguascalientes, mieux connue sous le nom de Triffouilli-les-cactus... il faut du courage pour sortir du placard! J'en connais trois qui l'ont fait: l'un est peintre, l'autre violoniste et le troisième étudiait la psychologie... Des milieux où ça doit mieux "passer"?

Parce que le machisme ambiant ne facilite pas les choses pour les "jotos" (pédés)
Et si on rajoute là dessus le poids de la religion...

D'ailleurs il y a eu, il y a peu de temps,
une controverse à propos d'une campagne de pub radio contre l'homophobie produite par la CONAPRED: les associations familiales ultra-conservatrices (soutenues par 100 évêques) ont tenté de faire pression sur le gouvernement pour qu'il annule cette campagne ou la remplace par une série de spots présentant l'homosexualité comme une maladie pouvant se soigner!!!!!!! Le gouvernement n'a pas cédé...
Les spots doivent donc être diffusés ce mois. Je n'en ai pas encore entendu, mais c'est peut-être parce que j'écoute trop peu la radio entre 2h et 3h du matin...

Ces efforts sont à saluer, mais l'homophobie au Mexique a, malheureusement, de beaux jours devant elle!
Voici une conversation que j'ai eu, il y a quelques mois avec une des mamans de l'école de C. (une maman relativement éduquée, la trentaine, pas une paysanne de 70 ans fraichement sortie de son "rancho").

Elle: Tu sais pas ce qui m'est arrive le week-end dernier?
Moi: Non!
Elle: J'ai été invité à une fête et il y avait deux femmes ensemble!!!!!!
Moi: Ah,
Elle: T'as pas compris, elles étaient ensemble, en couple, lesbiennes quoi!!!!
Moi: Et?
Elle: Et elles se tenaient par la main!!!!
Moi: Et? (je ne savais pas trop quoi dire, ça avait l'air d'être l'aventure de l'année pour elle, et je n'aime pas trop gâcher la joie des gens...)
Elle: C'était quand même la première fois que je rencontrais des lesbiennes...T'en as déjà vu toi?
Moi: Euh, oui, c'est quand même pas très rare en France... (là l'idée de lui décrire le Marais m'a traversé l'esprit mais j'ai eu comme qui dirait la flemme!)
Elle: Moi je trouve pas ça bien de se montrer comme ça, il y avait des enfants...Tu trouves ça bien?
Moi: Euh... (vraiment plus ça allait, moins j'aimais cette conversation!), bien je ne sais pas, mais je ne trouve pas ça mal en tout cas!
Elle:Ah bon!

Et nous avons changé de sujet de conversation... Fallait mieux. En temps qu'étrangère, j'ai du mal à exprimer aux Mexicains mon désaccord avec leur façon de penser. Mon espagnol manque de subtilités pour faire passer le message avec humour!


Pour en revenir à ma soirée, ce qui m'a plu c'est que d'abord c'était relativement peu enfumé et surtout il y avait beaucoup de place pour danser. Je me suis donc éloignée et ai commencé à danser puisque j'étais là pour ça. C'est alors qu' un des serveurs est venu danser tout près de Ch. puis un deuxième. C'était très marrant de les voir danser (super bien d'ailleurs comme tous les Mexicains) avec leurs tabliers de sommelier! Et ils me faisaient de grands signes pour que je m'approche.... ce que j'ai fini par faire à contre coeur. C'est vrai quoi, pour une fois que j'avais de l'espace! J'ai compris par la suite qu'au Mexique on ne danse pas seul(e). Ca fait genre "qu'est-ce qu'on s'emmerde ici!" Evidemment je ne l'avais jamais remarqué car les rares autres fois où je suis allée danser, la piste était tellement pleine que tous le monde dansait avec les autres!

3 commentaires:

Anonyme a dit…

bien vu l'article
Alf !!!

Anonyme a dit…

Tiens: ça me rappelle des conversations avec mes collègues ici. Moi ça me choque pas de voir des couples homosexuels, et j'ai une admiration sans bornes pour mon papa - décédé y a un an à peine - qui dans les 70 ans a accepté le copain d'un de mes frères dans la famille comme la copine d'une de mes soeurs comme si c'était normal.

J'imagine qu'il avait bien réfléchi à tout ça, mais de voir que sa conclusion était d'une telle simplicité du coeur: ça m'épate encore... alors moi les homophobes..... grrrrrrrrr

Bravo au gouvernement mexicain de ne pas céder à la pression des éveques... comme si y avaient des leçons é donner parfois eux... point de vue moralité... tssss

!Béo!

danielle a dit…

Coup de chapeau , en effet, à ce gouvernement, qui fait front à l'obscurantisme, au poids de la religion.